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#atelier#capacité#posture

Six chantiers par mois. Pas davantage.

Pourquoi nous refusons des mandats — et pourquoi cette posture est plus honnête que la croissance par défaut.


slug: "six-chantiers-par-mois" title: "Six chantiers par mois. Pas davantage." date: "2026-04-22" dek: "Pourquoi nous refusons des mandats — et pourquoi cette posture est plus honnête que la croissance par défaut." tags: ["atelier", "capacité", "posture"] author: "Olivier Cloutier"

Quand un studio de quatre personnes annonce une « capacité de 30 sites par an », il dit en réalité : nous prendrons tous les mandats que nous pourrons. Aucun studio n'a une vraie capacité de 30 sites par an au sens où chaque site recevrait l'attention qu'un site mérite. Trente, c'est le plafond opérationnel — quand l'équipe sera saturée, ils embaucheront.

Notre annonce est différente : six chantiers par mois, pas davantage. Quand le carnet est plein, il est plein. Nous ne prenons pas le septième pour le mettre dans la file d'attente — nous disons non.

Voici pourquoi.

La file d'attente est une dette

Une file d'attente de mandats acceptés mais non commencés est une dette envers le client. Le client paie un acompte, puis attend trois mois, puis six. Pendant cette attente, son besoin se modifie. Le brief que nous avions accepté en janvier ne tient plus en avril. Nous livrons un site qui répond à un brief obsolète. Le client est poliment frustré. Nous le sommes aussi.

La meilleure façon d'éviter cette dette est de ne pas la créer. Six chantiers par mois, c'est le nombre que nous savons commencer et livrer dans le mois. Au-delà, nous serions en train de promettre du temps que nous n'avons pas.

La capacité réelle est plus basse que la capacité affichée

Une journée de travail au studio se compose, dans l'ordre :

  1. Lecture des courriels de Johanne (15-30 min)
  2. Standup informel mère-fils (15 min)
  3. Code sur le chantier prioritaire (3 à 5 heures)
  4. Revue d'un autre chantier (1 heure)
  5. Communication client (1 heure cumulé)
  6. Lecture, recherche, écriture (1-2 heures)

Il reste, en moyenne, quatre à cinq heures de code productif par jour. Sur un mois ouvré (vingt jours), cela donne quatre-vingt à cent heures. Un site sur mesure de qualité atelier prend entre douze et vingt heures de code utile. Six chantiers par mois = cent vingt heures. Nous sommes au plafond, exactement.

Annoncer plus serait mentir au client ou rouler sur le burn-out. Aucune des deux options n'est tenable.

Le coût de la croissance par défaut

Beaucoup de studios pensent que la trajectoire normale est grandir. Embaucher, déléguer, sous-traiter, prendre plus. C'est une posture héritée du capital-risque où la croissance est l'objectif principal. Mais Studio Sixième n'a pas pris de capital-risque. Nous sommes une SENC familiale 50/50 sans investisseurs externes. Nous n'avons aucune obligation de grandir.

Cette indépendance vaut quelque chose. Elle nous permet de refuser les mandats qui ne correspondent pas — un site WordPress de mauvaise foi, une refonte « pas chère » qu'on regrettera, une plateforme dont le client n'a pas vraiment besoin. Un studio qui doit grandir prend ces mandats. Un studio qui n'a pas à grandir peut passer son tour.

Refuser fait partie du service

Quand Johanne reçoit un appel pour un mandat qu'on ne fera pas, elle ne dit pas nous sommes complets. Elle dit nous ne sommes pas le bon atelier pour ce projet, voici qui pourrait l'être. Allema (Rimouski) pour les budgets 20 000 $ et plus. Stéphane Roy (Mont-Joli) pour les sites SEO photo. Nubee (Saguenay) pour les projets sur-mesure complexes. Yannick.net pour les forfaits standardisés.

Cette générosité n'est pas désintéressée. Elle nous fait gagner la confiance des collègues régionaux qui, en retour, nous envoient les clients qui nous correspondent. Le réseau régional fonctionne mieux quand chaque atelier connaît sa place.

Ce que six chantiers donnent

Six sites par mois pendant dix ans, c'est sept cent vingt sites livrés. Pendant ces dix ans, l'écosystème du studio s'enrichit : composants partagés, librairies internes (deux packages npm en route), méthodologie qui se précise, journal qui s'écrit, mémoire UQAR qui se rédige.

Un studio qui livre soixante sites par an pendant dix ans — six cents sites — fait peut-être plus de chiffre d'affaires brut. Mais a-t-il un journal ? Une mémoire ? Une posture qui se tient ?

La taille n'est pas la qualité. La répétition lente est une discipline. Six par mois est notre nombre.

Olivier Cloutier · Studio Sixième · Rimouski, avril 2026